Avec les maladies coronariennes, le rétrécissement de la valve aortique est l'affection cardiaque la plus fréquente, et en constante augmentation en raison du vieillissement de la population. Son traitement par remplacement de cette valve aortique par une prothèse existe depuis 1961.
Elle avait été pratiquée par Albert Starr aux Etats-Unis : il s'agit d'une intervention à cœur ouvert sur circulation extra-corporelle dont la mortalité est très faible (0 à 4 %) mais augmente rapidement en fonction de l'âge des patients et surtout des pathologies associées : coronaires, insuffisance rénale, problème pulmonaire, etc. Rendant certains malades inopérables avec la chirurgie habituelle.
Une équipe de choc
Dijon a cette chance de posséder un service cardiologique de très haut niveau composé de cardiologues, de chirurgiens et d'anesthésistes- réanimateurs qui ont suivi une formation tripartite. Cette équipe vient de réaliser, début juillet, trois implantations sans sternomie (ouverture du sternum) et sans circulation extra-corporelle. Deux méthodes sont possibles pour implanter ces valves : la voie fémorale (artère au niveau de l'aine) ou la voie trans-ventriculaire.
Dans le cas de la voie fémorale, il est nécessaire que le patient ait une artère suffisamment grosse et de bonne qualité. La valve est alors guidée jusqu'au cœur. Cette prothèse, qui est pliée sur un ballon, traverse l'orifice aortique jusqu'à l'intérieur de la valve organique malade. La prothèse est alors dilatée, elle s'accroche et ouvre ainsi à nouveau le passage. Outre le fait qu'il n'y a pas de chirurgie lourde, la valve malade n'est pas enlevée comme dans l'intervention classique. Elle est maintenue autour de la prothèse qui sert en quelque sorte d'armature.
Si l'artère fémorale n'est pas en bon état, le geste est accompli à partir de la pointe du ventricule gauche après une petite thoracotomie (incision) sous le sein gauche.
Quatre prothèses ont été achetées. Pour l'heure, ces prothèses portant le marquage CE ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale et leur coût est supporté à part égale par l'Association de cardiologie, l'Association Bourgogne Cœur et le CHU. Chaque prothèse coûte 24 000 €.
Peloton de tête
Le professeur Jean-Eric Wolf, chef du service cardiologie a participé à ces nouvelles interventions réalisées à Dijon. Il explique que c'est une voie d'avenir : « La population vieillit et comme le rétrécissement aortique augmente avec l'âge, cette nouvelle avancée thérapeutique pourra être proposée aux nombreux malades inopérables jusqu'à ce jour. »
L'ancienne technique dite de chirurgie classique continuera à être effectuée. 250 interventions de ce type sont réalisées à Dijon chaque année. En ce qui concerne les implantations de prothèses valvaires, l'équipe estime que le rythme pourrait être de deux patients par mois.
Le professeur David, chef du service cardiovasculaire, ne cache pas que « le souhait du CHU est de figurer dans le peloton de tête des quelques équipes qui seront autorisées à mettre en place ces prothèses lorsqu'elles seront remboursées par la Sécurité sociale. »
L'équipe dijonnaise a confiance : « Nous sommes à la pointe. C'est pour cette raison que nous avons anticipé et les les interventions ont été un succès. Notre réputation est forte. C'est d'ailleurs le laboratoire qui a conçu la prothèse qui est venu nous trouver », souligne le professeur David.
La Haute Autorité de santé a déjà statué. C'est elle qui va bientôt désigner les centres qui seront labellisés pour effectuer ces implantations de prothèses.
L'équipe du CHU de Dijon a prouvé ses compétences. Elle attend avec bon espoir la décision de la haute autorité.
Catherine VACHON
L'équipe cardiologique est composée du Pr Wolf et du Dr Eicher (cardiologues), du Dr Bouchot, Dr Jazayeri, Dr Berne (chirurgiens), du Dr Parthiot et du Dr Merle (anesthésistes- réanimateurs).